Poursuivant une démarche conceptuelle qui caractérise son travail depuis plusieurs années, Dimitri Fagbohoun nous invite ici à regarder les conséquences inattendues de l’histoire. L’exposition se construit sur des associations de formes et de fonds.

Dimitri Fagbohoun y tisse une trame narrative et visuelle autour de photographies d’archives datant de la période coloniale sur lesquelles il intervient subtilement, mettant en valeur détails et lignes de force. Les rehauts colorés semblent ouvrir des brèches dans l’image, un champ des possibles pour une association des sens et des imaginaires. Ainsi parées les images s’animent d’une nouvelle dimension, les personnages qui les habitent, hommes mais aussi paysages, protagonistes involontaires de l’histoire coloniale ouest-africaine, sont mis en lumière dans leur force potentielle, leur capacité d’agencement latente. L’intervention de l’artiste dans l’image, de l’ordre de l’inframince, révèle le lieu d’un devenir ; là où réside le germe d’une histoire de croisements et de mélanges. La lecture de l’image, alors, entre faits historiques et rêverie poétique se ramifie et fait éclore un réseau de résonances allant de la fin du 18ème siècle jusqu’à nos jours.

La métaphore végétale n’est d’ailleurs pas anodine. Dans les œuvres de Dimitri Fagbohoun, les rivières, les arbres, la jungle sont des présences très particulières. La terre y apparait comme une matrice originelle, ici encore, celle de tous les possibles. Ainsi The Amount, grillage sculpté, évoquant le profil irréductible d’une coupe géologique de la terre des ancêtres d’avant la prédation coloniale ; ou encore The Gold Coast, précieuse pépite de bronze moulée dans la terre, ici extraite de son contexte comme pour y mieux retourner. Et puis, leur fidèles hérauts, les statues Kota, Janus, Nkissi Pi et masques Dan – gardiennes fabuleuses de mondes secrets qui ont fasciné les grands artistes de la modernité ; tel « le bleu » Picasso dont l’emprunte se devine dans Kind of Blue #1 (2022) et White figure (2017); mais aussi plus récemment les souvenirs d’un Man Ray ou de Brancusi.

De nombreuses décennies après la fin du projet colonial, Dimitri Fagbohoun choisit ici de célébrer dans l’épure la force de résilience des peuples Africains, le jaillissement idéel du métissage et l’allant du mouvement diasporique. Entre les œuvres, l’artiste parvient à instaurer un dialogue à plusieurs voix et à rendre sensible le produit jubilatoire d’une hybridation surprenante et créative.

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