Reflection of Africa, Catalogue d’exposition au Musée d’art Moderne d’Alger (2009)

La photographie est entrée en Afrique dans le sillage de fureur et de sang des grandes conquêtes coloniales. Cette invention extraordinaire, dont on ne mesure jamais assez l’importance ni l’émerveillement qu’elle suscita, vouée initialement aux vertus du savoir et de la découverte, fut perçue sur notre continent comme une arme parmi les autres sa visée assimilée à une mire, son objectif au canon d’un bouton de déclenchement à une gâchette. Bien sur, on peut voir ici une marque d’ignorance pour des peuples que l’histoire avait relégués hors du champ des progrès scientifiques et techniques. C’est pourtant avec la plus grande sagesse qu’ils produisirent cet amalgame qui traduisait une réalité historique : la photographie fut bel et bien utilisée à leur encontre comme une arme de domination et d’asservissement.

Photographies des explorateurs européens qui balisèrent le terrain aux armées coloniales en leur fournissant des images de leurs futurs objets de conquête et des richesses à exploiter. Photographies militaires ensuite, fixant pour l’éternité la gloire supposée de ces mêmes armées s’attaquant au fusil et au canon à des guerriers valeureux, mais armés d’arcs et de lances. Photographies enfin ; une fois les possessions établies, pour asseoir la propagande de la conquête et avilir les fiertés africaines. C’est donc à raison que la photographie fut longtemps considéré comme une machinerie diabolique par des civilisations anciennes ou l’image était soit parée d’une dimension sacrée, soit prohibée.

Et ce n’est toujours pas sans raison que certaines communautés partagèrent la foi que l’objectif photographique pouvait voler les âmes. Car, au-delà des richesses naturelles prodigieuses du continent, qui d’abord attirèrent les convoitises européennes, la mainmise sur ces dernières ne put se maintenir que grâce a une entreprise sans pareille de destruction culturelle, allant du détournement industrialisé des biens du patrimoine archéologique et artistique a la perversion de la culture africaine qui, symboliquement, peut parfaitement être assimilée au vol de l’âme du continent.

Il fallut du temps pour que quelques africains passent de l’autre coté de l’objectif.si les premiers apparurent au XIXe siècle déjà, c’est aux débuts du siècle suivant que l’on dépassa la poignée de pionniers pour voir se former sur tout le continent, et par eux-mêmes d’aillaient surtout ouvrir des studios photos. Studio : un bien grand mot pour désigner des échoppes de villages ou de quartier, parfois en plein air, mais un petit mot si l’on considère ce qu’il représentait. En effet, le premier usage de la photo fut celui de l’identité administrative et, même pour des papiers de colonisés, les africains préféraient encore confier leur apparence aux leurs, de peur, cette fois, de voir voler leur identité justement. Cette complicité avec «  nos photographes » permit de passer de l’identité à la fixation des moments de vie : naissance, baptême, circoncision, fiançailles, mariages, réussite aux examens …et même les fêtes traditionnelles a caractère religieux ou social. Ce pas immense dans l’univers de la photographie correspondait à une volonté d’appropriation culturelle d’une technique occidentale.

Mais, une fois la technique maitrisées et banalisée, c’est l’appropriation de l’art qui intéressa quelques photographes des années soixante, décennie des indépendances, puis de nouvelles générations de photographes voués à l’art ou d’artistes versés dans la photographie. C’est là tout l’objet de la présente exposition que de mettre en valeur des représentants de cette mouvance qui, issus de toutes les parties de notre Afrique, portent en eux la photographie africaine contemporaine qui, à l’instar des autres dans le monde entier, explore de nouvelles techniques d‘expression tout en s’appuyant sur la réalité et la symbolique de ses lieux de naissance et d’exercice.

Les styles, les démarches, les manières et les sujets sont certes différents, et c’est tant mieux pour la diversité de cette discipline comme pour celle de l’Afrique. Mais, à bien y regarder, on mesure leur extraordinaire convergence vers l’expression d’une Afrique qui souffre sans doute mais se bat contre l’adversité et protège malgré tout ses générosités et ses élans de vie. Tous les sujets exprimés forment finalement un continuum dont l’enjeu est la conquête de l’Afrique par elle–même et la construction de son image avec l’émotion .le talent et le regard de ses enfants.

Editeur : MAMA éditions

Date de parution: 2009

Nombre de pages: 100

Langue : Arabe – Français – Anglais

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